Montée
vers les 16 heures, donc un peu tard, en direction de La
Rosière ; course poursuite avec une voiture décapotable
immatriculée en Italie qui aurait bien voulu me doubler,
mais n’a pas pu, pour cause de conduite digne de Fangio,
jusqu’au Col parmi les virages pas tellement protégés, côté
français. Ayant peu de temps pour réaliser mon but, je
pensais bien fort à mes amis valdôtains qui n’étaient pas
là, pour pouvoir leur offrir quelques propos montagnards
.
L’ancien poste
frontière en plein milieu de la fête. Le statuaire bernardin
désignant la frontière du haut de son « obélisque de
pierre » plus ancienne.
J’ai eu beau chercher les bergères et bergers au milieu de
leurs troupeaux, ne connaissant personne, je n’ai pas osé
demander s’il y en avait de vrais. Avec mon idée des bons
bergers d’antan, leur cape et leur bâton, gardant leurs
troupeaux épars, je m’étais imaginé qu’il y aurait bien,
quelque part, sur les flancs du Petit Saint-Bernard, quelque
image qui ressemblerait au dernier film que j’avais vu en
1950, quand j’étais toute petite et qui était l’histoire
d’un berger, de sa bergère et de leur chien ! Non point vu
!…
Chaque année, vers les 18 août, a lieu ce grand
rassemblement de nos deux vallées sœurs, lors de la Fête
des Bergers. Organisée par la Commune de Séez en
collaboration avec la Région Autonome du Val d‘Aoste. Séez,
mon village d’élection, où se trouve le siège de
l’ASSOCIATION VALDOTAINE DE SAVOIE. J’ai dû ruser pour
monter y faire ce petit tour, histoire de connaître la
tradition bernardine et voir si l’on avait respecté le
fameux cromlech ou si on l’avait mis un peu en valeur, comme
le font si bien d’autres pays, notamment l’Angleterre, en
d’autres lieux forts que réactivent, actuellement, les
énergies cosmiques. Ayant constaté que deux « grandes
portes » étaient ouvertes depuis longtemps, l’on a toutefois
respecté une partie de l’intérieur du cromlech. Comprenne
qui pourra !

Mais pour
l’heure, parlons de la fête : car, évidemment, c’est
l’occasion aussi de voir la montagne littéralement envahie
de voitures, parkées un peu partout, mais canalisées,
néanmoins, par des panneaux routiers. L’Homme actuel sans
panneau est perdu ! Et comme tout ce qui est populaire,
constater que le respect n’est, malgré tout, pas dans
l’esprit de Monsieur Tout le Monde. De nombreux bénévoles
devront, dès demain, ratisser les alpages, afin de rendre
aux vaches des pâturages dignes de ce nom, afin qu’elles ne
s’étranglent pas avec des sacs en plastique.
- « Bonjour les marmottes ! Malgré le bruit de l’ambiance,
mon ouïe particulière vous entend quand même. Tiens,
là-haut, toi je t’ai vue, juste au moment où tu rentrais
dans ta maison, au creux d’un rocher ! »
Les marmottes sont très curieuses et elles ont pris
l’habitude du tourisme, tout autant que le grand Saint qui
surplombe de toute sa hauteur statuaire, l’ensemble du Col.
Je voulais dire Bernard de Menthon, bien sûr ! Mais pas plus
qu’au célèbre saint, ne donnez pas de chocolat à maman ou
papa marmotte, ni à leurs rejetons : cela les fait mourir.

Depuis l’Hospice
du Petit Saint-Bernard, se frayer un petit passage sur la
route du Col, n’était pas facile, pour aller voir ce qu’il
se passait par-delà la frontière qui n’existe plus, mais
dont les différences paysagères se font, malgré tout,
ressentir. Les bâtiments des Douanes, pour la plupart en
ruine, rappellent que jadis le commerce n’était pas celui
qu’il est aujourd’hui. Aussi, c’est à peine croyable de voir
à quel point tous les commerçants en profitent pour établir
leur banc sur des kilomètres. Par contre, une nette
différence concernant les bords de route valdôtaine avec des
murettes ou des parapets un peu partout, qui n’existent
guère chez nous, malgré un épouvantable accident de car sous
La Rosière en 1963 ou 4, qui fit mourir 13 petits enfants en
vacances. Pensons-y quand même.
A la fête, on vend de tout : du fromage des alpages,
charcuteries et saucisson, vêtements spécifiques de la
montagne (les polaires, dont j’aurais tant aimé que l’on
change le nom, est reine), chaussures de marche qui
protègent les chevilles, vins des trois pays, Savoie, Val
d’Aoste et Italie, produits typiques des terroirs, artisanat
: travaux sur bois, brut de tronçonneuse (il faut beaucoup
d’adresse pour travailler avec un outil moderne pour faire
du rustique - montagne oblige) et même les horloges venues
tout droit du Franche-Comté. Enfin, du monde à perte de vue,
le long des torrents, au creux des rochers, le long de la
route. Des centaines de véhicules. Impressionnée par la
popularité de cette fête montagnarde, je me suis laissée
tentée de prendre quelques photos.
« Euna vatse
s’avance in branlen sa sonnaille… »
« La noutra, dejan-t-ë, l’at le corne pi dure… »
Jadis,
le jour de la transhumance représentait un évènement
important pour le monde paysan. Des éleveurs de communes
différentes, regroupaient leurs troupeaux. C’était ce qui
donnait inévitablement lieu à un spectacle de bataille entre
les reines. De là, on désignait déjà la « reine de
l’alpage ». Ces batailles-là étaient instinctives et
naturelles. Chaque reine contrôlant son territoire, voire
ses copines.
Les valdôtains sont fiers et jaloux de leur tradition qui
perdure. « Les Batailles de Reines » resteront une des
attractions les plus recherchées. Toujours les meilleures,
cotées, adulées, numérotées. Le flanc de la montagne à
droite résonne des sonnailles que chez nous on nomme
clarines. En allant dans le sens de la descente en Vallée
d’Aoste, l’alpage est transformé en gradins naturels. La
foule, colorée, assise dans cette prairie en pente où il n‘y
a nul besoin d‘installations coûteuses, rassemble les
passionnés du genre. Il est vrai que les bêtes sont
magnifiques : trapues, musclées, agressives; sélectionnées
par Plutôt matées après la bataille, mais « todzor » de
vraies lutteuses à la corne dangereuse. C’est
impressionnant également. Ces vaches sont de vraies
sportives et leurs maîtres de sacrés bons éleveurs.
Magnifique ! Qu’aucun autour de moi ne s’avise de dire que
c’est la « corrida ». Ah ! Non…
« Tsacun di
combatten, p’onnoré sa montagne,
L’eparme ni de flà, ni d’effor, ni de lagne… »
Un
début d’après-midi qui nous avait laissé voir de gros nuages
et une petite pluie, s’est prolongé heureusement avec un bon
vrai soleil radieux jusqu’au soir. Et la montagne
frissonnait encore de tant de voitures sur ses flancs
hospitaliers, heureuse quand même qu’on s’intéresse à elle…
chacun selon son état d’esprit, son Amour et sa
Reconnaissance, avec une prière fervente afin que l’on ne
continue plus à lui arracher sa beauté… sous les étoiles de
la voie lactée !…
Michèle
MacHenin-Murzilli
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